Conférence des économistes
Conférence exceptionnelle sur la dette, HEC Débats
A l’occasion de cette nouvelle conférence d’HEC débats, trois économistes français nous ont fait l’honneur de venir discuter, débattre et mettre en perspective leurs idées et opinions respectives : Philippe Askenazy, normalien, membre du cercle de réflexion les « économistes atterrés » un groupe d’économistes qui questionne la pertinence économique des choix politiques actuels ; Jean Marc Daniel, professeur à l’ESCP, et Jean Pisani-Ferry, directeur de l’institut Bruegel.
Interrogé sur les causes de la crise économique actuelle, Jean Marc Daniel, résolument optimiste, a mis en doute la pertinence du mot « crise » soulignant les multiples interprétations possibles des cycles économiques, la croissance des pays émergents étant un bon exemple. Au contraire, pour Philippe Askénazy, la croissance de ces pays cache la véritable déficience structurelle des pays du Nord.
Lorsque les intervenants ont été interrogés sur le rôle et la crédibilité des marchés financiers, Jean Pisani Ferry a assuré que les marchés n’avaient pas de volonté politique, ils représentent selon lui une contrainte de cohérence soumise aux Etats. Pragmatique, Philippe Askenazy observe une tutelle des marchés sur les Etats, en « économiste atterré », il rappelle que la volonté de profit des marchés n’est pas un problème de fond, il faut selon lui d’abord réorganiser les structures qui fondent l’économie des Etats Européens.
Lorsque le sujet de la dette grecque est abordé, Jean Marc Daniel explique que sortir de la zone euro ne résoudrait pas le problème de la dette par le simple mécanisme d’une monnaie faible, la Grèce ne pouvant pas relever son économie avec un si faible volume d’exportation (l’économie grecque étant essentiellement orientée vers le tourisme).
Philippe Askenazy se doit alors de rappeler que le problème grec réside dans l’absence de rentrées fiscales.
Interrogés sur la médiation d’agents économiques extérieurs, les intervenants sont néanmoins restés très prudents. Selon Jean Pisani Ferry, le rôle de la BCE est de résoudre le problème de liquidité, non pas de solvabilité. Philippe Askénazy, lui, parle d’une instrumentalisation des réformes libérales du FMI.
Des étudiants ont ensuite orienté le débat vers le cas de la dette en France. La question d’une internalisation de la dette, à l’image du Japon, a été soulevée par l’un d’entre eux. Ce à quoi Jean Marc Daniel a répondu que le véritable enjeu pour la France d’aujourd’hui et sa population vieillissante, est de dégager plus d’épargne. De plus, si Jean Pisani Ferry rappelle l’utilité, sinon la nécessité de la dette, il met en cause la gestion de la dette publique, utilisée selon lui, pour les mauvais motifs.
Finalement, la question pratique de la réduction des déficits et du remboursement de la dette a été abordée. Pour Jean Marc Daniel, l’option de la privatisation du service public – la privatisation de la sécurité sociale ayant été proposée - est une des solutions, cela permettrait de responsabiliser les acteurs, et d’éviter l’accumulation de politiques inefficaces. Philippe Askenazy, en historien, utilise le cas de la politiques volontaristes de Mme Thatcher au début des années 1980 pour montrer que la définition d’objectifs, aussi ambitieux soient-ils, n’est pas un frein à l’essor – au renouveau – économique d’un Etat comme la France.
